10 mai 2008
les larmes de cendre
Debout au
milieu des cendres, des ruines et des cadavres en sang,
Le triste
guerrier à l’armure cramoisie et au glaive dégoulinant,
Contemple
sans mot dire le désastre dont il est un
peu l’auteur :
Horrible
reflet évanescent de l’état décrépit de son propre cœur.
Il pose
genoux à terre et se souvient d’un passé lointain et révolu,
Où il ne
courbait l’échine que pour l’amour d’une dame éperdue.
Mais où
sont donc les rires féminins qui résonnaient à ses oreilles ?
Emportés
par le vent, noyés dans l’oubli de ses longues veilles ?
Le
chevalier se souvient d’un temps où il savait encore aimer,
Où il avait
les yeux d’un enfant, où il croyait encore aux fées.
Las, les
sylphes du passé ont fait place aux démons intemporels
Qui brûlent
et déchirent son âme en des douleurs perpétuelles.
Dans sa
main, une main amoureuse guérissait ses blessures d’âme.
Aujourd’hui
il cherche parfois encore le parfum de cette femme.
Au bout de
son bras droit il n’y a plus qu’une épée de justice.
Combien
encore devra t’il voir d’hommes se donner en sacrifice ?
Les yeux
tournés vers le ciel, il murmure dans le glacial silence :
« N’en
as-tu point assez ? Accorde moi enfin ma dernière danse !
J’ai vu
trop de guerres, bien trop de femmes et d’enfants immolés,
Et toutes
ces horreurs putrides en moi à jamais sont gravées.
J’ai commis
bien des erreurs, je reconnais ici toutes mes fautes,
Punis moi encore
et encore, lacère ma peau ou brise mes côtes,
Condamne
moi à expier mes pêchés, à souffrir pour l’éternité,
Mais pardonne
leur : ils ne savent pas vraiment ce qu’ils ont fait »
Alors, n’entendant
aucune réponse retentir sous la céleste voûte,
Le
ténébreux cavalier envahit depuis toujours par ses doutes,
Compris que
cette fois il était vraiment seul en ce bas monde,
Car même
son maître l’avait abandonné dans cette mare immonde.
Ses épaules
s’affaissèrent, son second genou plongea dans la boue,
Ses deux
mains plantées en terre, il laissa couler sur ses joues
Des rêves
oubliés, des amours déçus et de bien futiles espoirs,
Des larmes de cendres, de ruines et de sang versées dans le noir.
Astriel
